Une foire des semences paysannes, par des paysans.

Publié le par ASPSP

1- Contexte et justification:
La semence, premier maillon de la chaîne alimentaire, est en Afrique « culturale et culturelle ». La
diversité de variétés végétales et de races animales a été sélectionnée, adaptée et conservée par les
communautés paysannes.
Aujourd'hui, le paysage semencier est en mutation et l'Afrique de l'Ouest n'est pas écartée. La semence
tend à devenir un simple intrant reléguant les paysans au simple rang d'utilisateur-client. Peu à peu le
vivant est privatisé par une poignée d'entreprises. Les paysans deviennent alors de plus en plus
dépendants des intrants extérieurs. Leurs droits sur les semences ne sont pas reconnus. Avec l'évolution
des systèmes agricoles, certaines pratiques ont disparues ainsi que les variétés locales associées. Elles
ont souvent été remplacées par des variétés fixées qui conditionnent les paysans à acheter régulièrement
la semence mère. L'actuelle pensée dominante défend qu’une semence de qualité est une semence
certifiée, variété à haut rendement, hâtive, mais qui pour répondre à ces attentes doit souvent être
cultivée avec des produits phytosanitaires.
Les programmes internationaux planifiés pour les prochaines années comme ceux de l'AGRA (Alliance
pour la nouvelle révolution verte en Afrique), Goana (Grande offensive agricole pour la nourriture et
l’abondance), ou l’harmonisation des législations semences sous-régionales défendent une vision
productiviste voire industrielle de l'agriculture. Ils font la promotion des semences améliorées, hybrides
voire OGM, de l'utilisation intensive de l'eau et des produits phytosanitaires.
Ils sont en complète opposition avec des modèles d'agriculture paysanne diversifiés autonomes et
économes, à notre sens clés pour la souveraineté alimentaire.
Pourtant, il existe au Sénégal et en Afrique de l'Ouest, un patrimoine semencier local et une diversité de
variétés paysannes qui ont de forts atouts d'adaptation mais aussi une valeur culturelle et nutritionnelle
importante. Les paysans qui y travaillent sont porteurs d’innovations dans le domaine. Ces connaissances
méritent d'être partagées et diffusées.
L'Association Sénégalaise des producteurs de Semences Paysannes -ASPSP- représente une de ces
initiatives positives pour la promotion des semences paysannes en agriculture paysanne agroécologique.
Elle contribue à l'autonomie semencière des paysans et à la sauvegarde des variétés traditionnelles et
locales pour la souveraineté alimentaire.
Pour renforcer cette dynamique, elle organise les 21-22-23 février 2009, en collaboration avec la coalition
nationale pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN), une foire sous-régionale qui
aura comme objectif d’échanger, d'informer et de défendre la biodiversité paysanne.
Cette foire qui permet une approche sous-régionale est la 2ème édition. Elle s’inscrit dans la continuité de
différentes rencontres comme celle de Bamako en février 2007 précédant le forum pour la souveraineté
alimentaire de Nyéléni, de Sélingué avec la conférence sur AGRA et les alternatives agroécologiques ou
même de Planète diversité à Bonn.
Lors de ces rencontres, les participants ont affirmé la volonté et la nécessité de renforcer les échanges et
la mise en réseaux entre initiatives paysannes dans la sous-région.
L'espace qu'offre l'édition 2009 est une opportunité pour permettre aux paysans d'échanger concrètement
leurs semences et leurs savoir-faire.
Présentation Foire ASPSP 2008 - 1/4
2- Objectifs et ambitions de l'évènement :
L'objectif de la foire est de promouvoir les semences paysannes et la biodiversité cultivée,
l'autonomie semencière et les droits des paysans.
Un espace d'échange de semences reproductibles, variées pour des agricultures
paysannes diversifiées:
Loin des formats en milieu urbain, elle aura lieu en haute Casamance dans le petit village de Djimini près
de Vélingara, région de Kolda.
Toute la communauté villageoise se mobilisera pour accueillir près de 250 personnes pour 3 jours et de
nombreux visiteurs.
Les paysans et leurs organisations de différentes régions du Sénégal seront invités à présenter, échanger
leurs variétés paysannes reproductibles.
20 paysans voisins de la sous-région (Mali, Guinée, Gambie) se joindront à la foire pour l'enrichir de leur
biodiversité et de leur savoir faire.
Une délégation de paysans d'Afrique de l'Ouest et de paysans européens sera également présente pour
enrichir les débats. Elle aura précédemment accompli un échange de 10 jours à partir de l'expérience
d'ASPSP. Cet échange-formation paysans à paysans sera préparé en collaboration avec l'association
BEDE.
Des personnes de la sous-région seront également invitées à se joindre à la rencontre. Nous espérons la
participation de membres des différents réseaux comme celui de la COPAGEN (Coalition pour la
protection du patrimoine génétique africain) dont ASPSP est membre actif au Sénégal.
Des stands seront mis à disposition des participants pour leur permettre de présenter aux autres leurs
variétés locales et de les échanger. En 2007, nombre de variétés perdues dans certaines zones ont été
retrouvées chez des paysans de la foire. Elles sont maintenant multipliées et rediffusées dans des zones
où elles avaient disparues.
Un espace d'information et de débats:
Au cours des journées des séances de discussions pour stimuler la réflexion collective seront animées.
Elles seront enrichies par la présentation d'expériences réussies à travers la sous-région mais aussi
d'autres continents. Les participants pourront se retrouver autour des thèmes:
- reconquête de l'autonomie semencière et redécouverte des variétés perdues;
- production, sélection paysanne de semences en agroécologie;
- stockage, conservation, diffusion;
- enjeux de privatisation du vivant et les droits des communautés rurales;
- initiatives positives d'agricultures paysannes en agroécologie;
- souveraineté alimentaire, consommation locale, enjeux foncier...
Un espace d'échange culturel et de veillées d'animations:
En soirée des séances pourront informer les participants grâce à l'animation de différents outils:
- projection de films;
- pièce de théâtre;
- musique et danse.
Un espace de sensibilisation ouverte à la médiatisation pour relayer l'information:
La foire sera largement couverte par la presse écrite, radio, télé.
Un travail d'information aura également lieu auprès des autorités pour sensibiliser sur l'importance du
patrimoine semencier local, des risques de sa disparition et plus généralement des modèles d'agriculture.
Présentation Foire ASPSP 2008 - 2/4
La foire sera un espace où l'on donne des pistes pour consommer local et pour informer sur les effets
multiples négatifs des importations des produits agro-industriels.
Proche de la vallée de l'Anambé, la foire pourra également être un espace d'information et de débat
autour de thèmes « annexes » comme le foncier et les enjeux des agrocarburants.
Des documents d'information (livrets en langues locales, documents multimédias) seront diffusés.
3- Organisation – Budgétisation:
L'ASPSP met en place un comité de gestion au niveau national. Elle chargera une personne ressource
pour la coordination et les démarches auprès des autorités, ainsi qu'une personne ressource pour assurer
et organiser l'animation et la communication autour et pendant l'évènement.
Les principales lignes budgétaires sont destinées aux transports, à l'accueil sur place. Pour cette 2ème
édition une attention toute particulière sera portée à la coordination, préparation et animation de
l'évènement pour qu'elle soit à la hauteur de ses ambitions.
Un temps de capitalisation et de valorisation des résultats de la foire sera également prévu.
Le montant nécessaire au bon déroulement de l'évènement s'élève à 14 690 000 Fcfa (22395 euros).
Nous comptons sur l'appui de tous ceux qui oeuvrent pour la souveraineté alimentaire de notre région.
Le Président d’ASPSP
Lamine BIAYE
Présentation Foire ASPSP 2008 - 3/4
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